Travail de nuit : ces femmes qui assurent pendant notre sommeil


Dossier
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Elles travaillent quand vous dormez. Elles dorment quand vous travaillez. Selon une étude du Département de statistiques du Ministère du Travail*, en 2012, 9,3% des salariés travaillant de nuit étaient des femmes (environ un million). Une statistique qui, à l’heure de célébrer la Journée internationale des droits des femmes a poussé la Team de Nuit à changer l’heure de son réveil pour ainsi rendre hommage à ces salariées au rythme de vie un peu particulier. Rencontres.

 

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Tous les matins, elle réveille la France. Céline est journaliste radio. Depuis septembre, elle présente le journal à 5h30, 7h et 9h. Un rythme éreintant pour un métier passionnant. Portrait d’une lève - (très) tôt.

Chaque jour de la semaine, Céline arrive au boulot à 2h du matin. Commence alors tout un rituel : lire la presse, écouter l’actu de la veille, aller en conférence de rédaction, puis écrire et présenter le journal. « Au boulot, le fait de ne pas dormir n’est pas un sujet de conversation. On n’a pas le temps de s’apitoyer, on bosse ! »

Après la dernière édition, c’est l’heure du retour à la maison vers 10h, mais pas toujours directement… « Je me force à aller au sport 2-3 fois par semaine après le boulot, j’en ai besoin, ça me fait du bien. » Il est midi. L’heure de dîner puis d’aller se coucher pour Céline. « Je mange toujours salé le matin ! »

« Je fais des siestes en même temps que mes enfants ! »

Lever 15h30. Ménage, cuisine, rangement et surtout le plus important, ses enfants ! « C’est génial de travailler de nuit parce que je peux aller les chercher tous les jours à l’école ! » A 18h, c’est l’heure de la première conf’ de rédac, qui tombe un peu mal car c’est aussi « l’heure du bain ». Une fois les enfants couchés, Céline s’accorde quelques heures de sommeil. 1h40, déjà l’heure d’attaquer une nouvelle journée.

Côté vie sociale, il y a un rythme à prendre aussi. Aucune sortie en semaine, elle se rattrape le week-end. « Je ne dors jamais vraiment bien en repos. Je me réveille toujours vers 4-5h. Du coup, je fais des siestes en même temps que mes enfants ! » Une étape primordiale pour garder la tête froide « sinon, je suis facilement irritable ». Quant à son mari, il se réveille quand Céline part travailler mais se rendort aussitôt, cela ne lui pose pas de problème. Pour l’instant, c’est un mode de vie qui leur va bien. Et surtout, comme le dit la journaliste, cela reste avant tout un métier « de passion ».

 

 

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Marie-Isabelle - Maribelle pour les intimes - a 58 ans. Contrôleuse qualité pour un laboratoire, à Nice, elle travaille de nuit depuis 8 ans, de 21h à 5h du matin. Un mode de vie qui lui correspond plutôt bien. Interview.

Comment gérer le fait de travailler de nuit ?
Je dors environ 5h par nuit. On me dit toujours comment tu fais ? À ta place, je ne pourrais pas ! Le plus important, c’est que j’aime mon travail. Il n’y a rien de pire que d’aller au boulot à reculons, et ce n’est jamais mon cas !

« Au moins, quand je rentre du boulot, il n’y a pas un chat sur la route ! »

Racontez-nous une journée-type
Je me couche vers 6h, après avoir promené mon chien et fait quelques bricoles. Je me lève vers 11h et ne fais pas de siestes. L’après-midi, je fais beaucoup de sport. Au moins, je suis plus détendue quand j’arrive au boulot, c’est thérapeutique ! Dans quelques semaines, je vais même faire un semi-marathon ! Au travail, l’ambiance reste plutôt bonne. Même si c’est vrai que certains arrivent encore tout endormis, la marque de l’oreiller sur la joue.

Quels sont les avantages et les inconvénients à travailler de nuit ?
Forcément, on vit en décalé des gens. Quand le vendredi soir, mes copines se réunissent et m’appellent, c’est frustrant. Autre inconvénient, la fatigue, qui s’installe plus vite. On a souvent tendance à avoir froid par exemple. Quand je suis en vacances, je reprends un rythme normal mais la reprise est difficile. L’avantage ? J’ai mes après-midi de libre ! Pour sortir, voir mes copines, faire mon sport, ou même rester tranquille à la maison. Et au moins, quand je rentre du boulot, il n’y a pas un chat sur la route !

 

 

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Margot, 25 ans, est infirmière à Nice depuis 2 ans. Elle travaille de 19h à 7h, 5 jours par semaine. Une cadence élevée, qui demande beaucoup de réactivité et d’autonomie. Témoignage.

Généralement, je me lève vers 14h-15h. Je traîne un peu, je profite avant de me préparer à vivre une nuit chargée.

Au travail, le sommeil est un sujet qui revient beaucoup sur le tapis, pendant la pause-café. Chacune y va de sa petite histoire, il y a vraiment de tout : celles qui sont en forme, les autres qui sont crevées… mais on reste solidaires. Certaines sont très maternelles. Une fois, une collègue m’a dit « Allez, va t’allonger sinon tu ne tiendras jamais ». Et elle a carrément fait mon lit !

« Margot à son conjoint : « Allez c’est mon tour, laisse-moi la place dans le lit ! »

Autour de moi, j’entends souvent des critiques : « Tu bosses de nuit mais après t’es en repos ça va ! » C’est difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’a jamais travaillé de nuit. Le gros inconvénient : quand mes amis sortent, je bosse. Quand je suis disponible, c’est eux qui dorment. On est sans cesse en décalage.

Heureusement, mon conjoint me pousse beaucoup à sortir, à avoir une vie sociale. C’est important pour garder le moral. Si j’étais seule, je pense que je me laisserais aller ! Quand je rentre du travail vers 8h, je me couche direct, alors qu’il se réveille. Parfois, j’essaye de déjeuner avec lui. Sinon, je m’allonge sur le lit et le pousse un peu du genre : « Allez c’est mon tour, laisse-moi la place ! » Finalement, on peut dire qu’on vit à l’envers. Mais ça fonctionne. Le truc, c’est de trouver le bon rythme.

 

 

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A 24 ans, Mathilde est barmaid dans un restaurant branché de Montpellier où elle travaille depuis plus d’un an. Elle commence à 18h et termine souvent vers 2 ou 3h du matin. Des horaires tardifs qui lui conviennent parfaitement. Rencontre.

Comment gérer sa vie sociale quand on travaille de nuit ?
Quand on veut, on peut ! Je ne suis pas du genre casanier. J’ai vraiment besoin d’avoir des à-côtés : aller au restau, sortir, voir des amis… J’ai la chance de bien m’entendre avec mes collègues. En revanche, je vois de moins en moins mes amis qui ne sont pas dans la restauration. Et quand c’est le cas, c’est toujours à moi de m’adapter.

« Ma technique ? Etre active la journée pour m’endormir le plus tôt possible ! »

Et côté vie amoureuse ?
Mon copain, avec qui je vis, travaille aussi dans la restauration. C’est un avantage, car en plus d’avoir des horaires qui collent, il y a surtout une vraie compréhension. Dans notre travail, il n’est pas rare de rester après la fin du service pour discuter et boire un verre avec l’équipe. Ce qui nous fait rentrer encore plus tard. Tout le monde ne comprend pas ça ou n’est pas prêt à l’accepter.

Quels sont les avantages et les inconvénients du travail de nuit ?
Avoir un rythme décalé est un inconvénient. Physiquement, ça joue beaucoup sur la fatigue. L’homme n’est pas un animal de nuit. Il me faut au moins une bonne semaine pour reprendre un rythme « normal » lorsque je ne travaille pas. Ma technique ? Etre active la journée pour m’endormir le plus tôt possible ! Mais j’aime mon travail, surtout pour le contact humain, les rencontres et la bonne ambiance qui y règne.

(*) http://dares.travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2014-062.pdf

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03/04/2017 - Travail & sommeil Partages Facebook : 21 Partages Twitter :