SERONS-NOUS TOUJOURS DES ANIMAUX DIURNES EN 2040 ?


Serons-nous toujours des animaux diurnes en 2040

Il semble que l’homo sapiens du vingt et unième siècle ait de plus en plus de mal à s’endormir et que du coup, il ait tendance à se coucher de plus en plus tard et par conséquence directe à se lever de plus en plus tard. Il suffit pour s’en convaincre  de penser aux habitudes de coucher et de lever des rares tribus pas encore électrifiées ! Et aussi d’observer nos bâillements quand la nuit tombe quand d’aventure le courant est coupé à la suite de je ne sais quelle tempête ou autre catastrophe naturelle ou humaine. 

Du coup, la question posée par les organisateurs du dernier congrès des spécialistes du sommeil qui s’est tenue à Nantes en décembre 2015 était logique : « puisque depuis l’invention de l’électricité et plus encore de la télévision et plus encore des ordinateurs et tablettes et plus encore des smartphones, l’être humain a tendance à décaler son sommeil et à mordre de plus en plus sur la nuit, comme si le crépuscule avait perdu son rôle de marchand de sable, cette dérive des rythmes va-t-elle se poursuivre encore plus ? Arrivera-t-il un jour, en l’occurrence 2040, où nous vivrons la nuit… et dormirons le jour ! »

Pour mieux approfondir cette question, il est utile de se pencher sur les cas que nous appelons des modèles où une espèce a dû s’adapter à une contrainte extérieure et vivre selon des rythmes contraires à ce pour quoi elle avait été conçue. 

Le premier modèle qui vient à l’esprit est celui de la chouette harfang ou chouette boréale. On suppose que ce splendide rapace faisait comme tous les autres oiseaux de nuits… il y a quelques millions de nuit. Mais au fur et à mesure que ses ancêtres ont conquis des territoires de plus en plus septentrionaux, ils ont dû affronter des nuits de plusieurs mois – pas de problème – mais aussi des jours de plusieurs mois avec, autour du 21 juin, le soleil de minuit. Il a donc fallu, sous peine de mourir de faim que ces animaux s’adaptent et apprennent à chasser en plein jour. Mais l’intéressant de l’affaire est que les chouettes harfangs se sont tellement bien adaptées à vivre et s’agiter au soleil que lorsqu’elles en ont le choix, au cours des périodes intermédiaires, elles préfèrent chasser en plein jour ! Certes, c’est exactement le contraire de la question posée mais cela prouve que des changements radicaux de comportements inscrits dans nos gènes sont possibles en réponse à des changements durables au niveau de notre environnement.

Et chez l’homme me direz-vous ? Regardons ce qui se passe chez les Eskimos aujourd'hui appelés Inuits bien obligés eux aussi de s’adapter aux jours et aux nuits de plusieurs mois. Il semble qu’ils aient choisi de faire l’inverse des chouettes harfangs. Autrement dit, ils adorent vivre aux horaires habituellement nocturnes et consacrés au sommeil et préfèrent chasser, pêcher tout en se moquant des rythmes considérés comme classiques. En été, sous le soleil de minuit, ils partent se balader en famille, taquiner la morue, harponner le phoque, souvent jusqu’à 6 heures du matin. Ensuite, ils vont au travail ou bien en classe pour les écoliers, où ils s’endorment à n’importe quel moment, ce qui ne semble déranger personne. La raison invoquée est que la glace est plus épaisse la nuit et donc moins dangereuse. 

Les Andalous font exactement le contraire et du fait de la chaleur estivale, se sont mis toute l’année à se coucher à 2 heures du matin, même les petits enfants, à se lever à 7 ou 8 heures du matin et à faire des siestes de 2 ou 3 heures aux heures les plus chaudes autour de 13 heures.

Si nous continuons à rentrer de plus en plus tard chez nous puis à jouer, surfer, tchater sur nos tablettes et tous nos écrans, nos rythmes vont continuer à dériver… comme les continents… et notre espèce s’adaptera sûrement. Oui mais cette adaptation ne concernera peut-être pas tout le monde de la même manière car on sait maintenant que les sujets du soir qui sont génétiquement chronoflexibles s’adaptent beaucoup mieux que ceux de matin qui sont chronorigides. Du coup, il risque de se produire une sélection naturelle en faveur des sujets du soir et une disparition progressive des gens du matin. 

Et comme j’en fais partie, je trouve ça bien dommage !

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10/02/2017 - Tout connaitre sur le sommeil Partages Facebook : 1 Partages Twitter :